Maladies courantes du chat : typhus, coryza, leucose, FIV
Les pathologies les plus fréquentes en médecine féline : reconnaître les symptômes, comprendre l'évolution, agir à temps.
Typhus (panleucopénie féline)
Le typhus est une maladie virale extrêmement contagieuse causée par le parvovirus félin (FPV), proche du parvovirus canin. Le virus attaque les cellules à division rapide : moelle osseuse (chute drastique des globules blancs, d'où le nom « panleucopénie »), épithélium intestinal et, chez le fœtus ou le chaton très jeune, le cervelet.
Transmission : voie fécale-orale, contact direct ou indirect (gamelles, litière, mains, chaussures). Le virus survit jusqu'à un an dans l'environnement et résiste à la plupart des désinfectants courants. Seule l'eau de Javel diluée (1:30) est efficace.
Symptômes : abattement brutal et profond, fièvre élevée (40 °C et plus), refus alimentaire complet, vomissements, diarrhée parfois hémorragique, déshydratation rapide. Mortalité supérieure à 90 % chez le chaton non vacciné.
Prévention : vaccination essentielle dès 8 semaines, deuxième injection à 12 semaines, troisième à 16 semaines pour les chatons à risque, premier rappel à 1 an puis tous les 3 ans.
Coryza (rhinotrachéite virale)
Le coryza n'est pas une maladie unique mais un complexe respiratoire félin associant trois agents principaux : le calicivirus félin (FCV), l'herpèsvirus félin de type 1 (FHV-1) et la bactérie Chlamydophila felis. Mycoplasma felis et Bordetella bronchiseptica peuvent s'ajouter au tableau.
Transmission : aerosols, contact direct, partage de gamelles. Particulièrement contagieux en collectivité (refuges, élevages, expositions).
Symptômes : éternuements en salves, écoulement nasal et oculaire d'abord clair puis purulent, conjonctivite, fièvre, perte d'appetit, ulcères buccaux ou oculaires (FCV et FHV). Chez le chaton, évolution potentiellement mortelle. Chez l'adulte vacciné, évolution généralement favorable en 7 à 14 jours.
Séquelles possibles : rhinite chronique avec éternuements à vie, ulcères coréens récurrents, gingivite chronique. L'herpèsvirus reste latent à vie et peut se réactiver lors de stress.
Traitement : symptômatique (nettoyage des yeux et du nez, alimentation appetente réchauffée, hydratation, bronchodilatateurs), antibiotique pour les surinfections bactériennes, antiviraux topiques (idoxuridine) pour les ulcères coréens.
Prévention : vaccination essentielle (TC). Le vaccin réduit la sévérité sans toujours empêcher l'infection ; il diminue significativement la mortalité et les séquelles.
Leucose féline (FeLV)
La leucose féline est causée par un rétrovirus (FeLV) qui s'intègre durablement au génome des cellules de l'hôte. La maladie touche principalement les chats sortant et les chats vivant en collectivité.
Transmission : salive (toilettage mutuel, partage de gamelle), morsures, transmission mère-chaton (in utero, par le lait). Pas de transmission à l'humain.
Évolution : trois scénarios possibles après contamination. Élimination spontanée du virus chez environ 30 % des chats adultes immunocompétents. Infection latente persistante. Virémie persistante avec développement progressif de la maladie.
Symptômes : anémie progressive, immunodéficience avec infections opportunistes à répétition, lymphomes (cancération), troubles de la reproduction. Espérance de vie après diagnostic positif : 2 à 3 ans en moyenne.
Dépistage : test rapide en cabinet vétérinaire (kit combiné FeLV/FIV), recommandé lors de l'adoption, avant introduction d'un nouveau chat dans le foyer ou en cas de symptômes inexpliqués.
Prévention : vaccination recommandée pour tous les chats sortant ou vivant en groupe, après test négatif initial. Stérilisation pour limiter les bagarres et fugues.
FIV (sida du chat)
La FIV (Feline Immunodeficiency Virus) est un autre rétrovirus, distinct de la leucose, surnommé « sida du chat » en raison de son mécanisme d'immunodépression. Aucune transmission à l'humain.
Transmission : quasi exclusivement par morsures profondes, donc principalement chez les mâles entiers bagarreurs. La transmission par toilettage ou partage de gamelle est très peu probable. La transmission mère-chaton est rare.
Évolution : longue période asymptomatique (plusieurs années), puis phase de baisse immunitaire avec infections récurrentes (gingivo-stomatite chronique, abcès, infections respiratoires, parasitaires), perte de poids progressive, lymphomes.
Espérance de vie : souvent quasi normale avec un suivi vétérinaire adapté, contrairement à la leucose. Un chat FIV positif maintenu à l'intérieur, stérilisé, vacciné pour les pathologies courantes et régulièrement suivi peut vivre 8 à 12 ans après diagnostic.
Dépistage : test rapide en cabinet, même kit combiné que pour la leucose. Recommandé pour tout nouveau chat introduit dans un foyer.
Prévention : stérilisation impérative pour limiter les bagarres. Aucun vaccin commercialisé en Europe.
Insuffisance rénale chronique
L'insuffisance rénale chronique (IRC) est l'une des pathologies les plus fréquentes du chat senior. Selon les données publiées par l'International Society of Feline Medicine (ISFM), elle touche jusqu'à 30 % des chats de plus de 10 ans et 50 % des chats de plus de 15 ans.
Mécanisme : destruction progressive et irréversible des néphrons, unités fonctionnelles du rein. Quand 75 % des néphrons sont détruits, les symptômes apparaissent.
Symptômes : augmentation progressive de la soif et de la diurèse (le chat boit plus, urine plus), perte de poids même avec un appetit conservé au début, vomissements, mauvaise haleine (haleine urémique caractéristique), pelage terne, abattement progressif, anémie aux stades avancés.
Diagnostic : bilan sanguin (urée, créatinine, SDMA — marqueur précoce détectable dès 40 % de perte fonctionnelle), analyse d'urine (densité, protéinurie), échographie rénale, mesure de la pression artérielle (l'hypertension est fréquemment associée).
Traitement : la maladie ne se guérit pas mais peut être contrôlée. Alimentation rénale spécifique (faible en phosphore et en protéines de qualité), hydratation maximale (fontaine à eau, pâtée), inhibiteurs du système rénine-angiotensine (bénazepril), chélateurs de phosphore, traitement de l'hypertension et de l'anémie. La perfusion sous-cutanée à domicile peut s'imposer aux stades avancés.
Hyperthyroïdie et diabète
Hyperthyroïdie
L'hyperthyroïdie est l'endocrinopathie la plus fréquente du chat âgé (10 % après 10 ans). Causée par une tumeur bénigne d'un ou des deux lobes thyroïdiens, elle entraîne une production excessive d'hormones thyroïdiennes. Symptômes : amaigrissement malgré un appetit augmenté, hyperactivité, vocalises nocturnes, vomissements, diarrhée, polyurie-polydipsie. Diagnostic par dosage de la T4 sanguine. Traitement par médicament (métimazole), alimentation pauvre en iode, iode radioactif (le seul curatif) ou chirurgie.
Diabète sucré
Le diabète félin est en augmentation, lié en grande partie au surpoids (1 chat sur 2 est en surpoids ou obèse en France, selon les enquêtes de l'AFVAC). Symptômes : polyurie-polydipsie, augmentation de l'appetit suivie d'une perte de poids, faiblesse des postérieurs, léthargie. Diagnostic : glycémie élevée à jeun confirmée par fructosamines. Traitement : insuline (deux injections sous-cutanées par jour), alimentation spécifique (riche en protéines, pauvre en glucides), perte de poids progressive. Rémission possible dans environ 30 % des cas si prise en charge précoce.
Prévention générale
La majorité des maladies graves du chat sont prévisibles ou détectables très précocement. Quatre habitudes couvrent l'essentiel.
- Vaccination à jour : TC (typhus + coryza) pour tous, leucose pour les chats sortant, rage si voyage. Rappels selon le calendrier établi avec votre vétérinaire.
- Antiparasitaires réguliers : antipuces et antitiques tous les 1 à 3 mois, vermifuge tous les 3 à 6 mois.
- Stérilisation entre 6 et 7 mois : réduction massive des risques de tumeurs, infections, bagarres et donc de FIV/leucose.
- Visite vétérinaire annuelle, semestrielle après 8 ans avec bilan sanguin (urée, créatinine, SDMA, T4, glycémie). C'est ce bilan qui change le pronostic des trois grandes maladies du chat senior.
L'observation quotidienne reste votre meilleur outil. Les chats masquent la douleur et la maladie ; toute modification durable de l'appetit, de la consommation d'eau, du comportement (cachette, isolement, vocalises inhabituelles) doit alerter.