Croquettes, pâtée ou BARF : que choisir pour son chat
Avantages, limites et risques sanitaires des trois modes d'alimentation, à la lumière des recommandations vétérinaires.
Croquettes : praticité, dents, hydratation
Les croquettes sont l'aliment le plus distribué en Europe. Densité énergétique élevée, conservation longue (12-18 mois en sac fermé), prix au kilo le plus bas, possibilité de libre-service contrôlé : leur logistique est imbattable. Leur procédé de fabrication (extrusion à haute température, séchage) impose en revanche une teneur élevée en glucides (souvent 25-40 %) pour la cohésion du grain, en partie discutable chez un carnivore strict.
Leur principale limite est l'hydratation : 8-10 % d'humidité contre 75-80 % pour la pâtée. Le chat compense rarement spontanément cette différence, ce qui augmente le risque de calculs urinaires. L'effet mécanique sur les dents est réel mais modeste, sauf pour les références spécifiquement formulées (gamme VOHC accepted, Hill's t/d, Royal Canin Dental). Une croquette premium reste un aliment de qualité dès lors qu'elle est conforme FEDIAF, riche en protéines animales (32-40 %) et associée à de l'eau ou de la pâtée.
Pâtée : hydratation et appétence
La pâtée (ou aliment humide) contient 75 à 80 % d'eau. Cet apport hydrique est le plus gros atout chez le chat, espèce phylogénétiquement adaptée à des proies fraîches (60-70 % d'eau) et qui boit peu en gamelle. Les bénéfices : prévention des troubles urinaires (struvite, oxalate, IRC), meilleure satiété par volume, palatabilité élevée (utile chez les chats âgés ou anorexiques).
Limites : coût supérieur (à apport calorique équivalent), conservation limitée une fois ouverte (24 à 48 h au réfrigérateur), absence d'effet dentaire, encombrement de stockage, déchets d'emballage. La qualité varie fortement selon les marques : privilégier les aliments complete and balanced conformes FEDIAF, sans sauce sucrée et avec composition lisible (pourcentages de viande indiqués, taurine ajoutée).
BARF : ration crue, risques et limites
Le BARF (Biologically Appropriate Raw Food) consiste à nourrir le chat de viande crue, abats, os charnus et compléments. Théoriquement, c'est l'alimentation la plus proche du régime ancestral. En pratique, les risques sont documentés et ont conduit l'Anses, l'AVMA et plusieurs associations vétérinaires européennes à émettre des avis prudents.
Risques principaux :
- Microbiologiques : contamination par Salmonella, Listeria, E. coli, Campylobacter, fréquente dans les viandes crues commerciales (études Anses 2020-2022). Risque pour le chat (gastroentérite, septicémie) et pour les humains du foyer (contamination croisée, surfaces, manipulation).
- Parasitaires : Toxoplasma gondii, Echinococcus, Sarcocystis. La congélation à -20 °C pendant au moins 7 jours réduit certains risques mais pas tous.
- Nutritionnels : carences fréquentes en taurine, calcium, vitamines liposolubles (A, D, E), iode, oméga 3. Les rations BARF non calculées par un vétérinaire nutritionniste sont presque systématiquement déséquilibrées (études BVA, ICatCare).
- Mécaniques : occlusion ou perforation digestive sur os.
- Antibiorésistance : portage de bactéries multirésistantes documenté chez les chats nourris en BARF.
Le BARF reste possible chez un chat sain, sans foyer immunodéprimé (jeunes enfants, personnes âgées, traitements immunosuppresseurs), avec une ration calculée individuellement, des matières premières contrôlées et un suivi vétérinaire régulier. Hors de ce cadre, les risques l'emportent sur les bénéfices supposés.
Alimentation mixte : la voie recommandée
La combinaison croquettes + pâtée est aujourd'hui la recommandation la plus partagée chez les vétérinaires nutritionnistes. Elle réunit les avantages des deux modes : hydratation de la pâtée, praticité et coût des croquettes, action mécanique partielle, palatabilité variée.
Quelques règles : choisir deux références d'une même gamme premium pour cohérence nutritionnelle, calculer la ration en additionnant les calories des deux apports (les fabricants donnent souvent un tableau mixte), ne pas laisser la pâtée plus de 2 heures à température ambiante. Une répartition typique : pâtée matin et soir + libre-service ou repas de croquettes en complément.
Comment choisir selon le profil du chat
Repères pratiques :
- Chat d'intérieur stérilisé jeune-adulte : mixte recommandé, aliment sterilised.
- Chat senior, IRC, calculs urinaires : pâtée majoritaire ou exclusive, gamme thérapeutique sur prescription.
- Chat en surpoids : ration contrôlée, satiété, pas de libre-service.
- Chat actif, extérieur, sportif : croquettes énergétiques, mixte selon hydratation.
- Chaton : aliment growth/kitten, mixte recommandé.
- Foyer avec enfants en bas âge ou personne immunodéprimée : éviter le BARF.
Réussir une transition alimentaire
Le chat est sujet à la néophobie alimentaire : il refuse souvent un aliment nouveau ou modifie son comportement (régurgitations, selles molles). Toute transition se fait sur 7 à 10 jours :
- Jours 1-2 : 25 % nouvel aliment + 75 % ancien
- Jours 3-4 : 50 % + 50 %
- Jours 5-6 : 75 % + 25 %
- Jour 7 : 100 % nouvel aliment
En cas de selles molles, vomissements ou refus, prolonger chaque étape de 2-3 jours. Pour passer d'un industriel à un BARF (ou inversement), prévoir 2 à 3 semaines avec suivi vétérinaire et bilan de la condition corporelle.